Félix Néel est né le 13 avril 1905 à Paris 11ème.
Il est le fils d’Ernestine Aveline, emballeuse et de Félix Néel, découpeur, son
époux.
Félix
Néel habite 38 rue des Noyers à Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis) au
moment de son arrestation. Il est polisseur sur métaux.
Il
épouse Yvonne Lambolley le 30 juin 1923 à la mairie du 11ème arrondissement.
Le couple aura cinq enfants.
Militant
communiste, il est élu conseiller municipal le 12 mai 1935, sur la liste de
Pierre Kerautret (1) aux élections municipales de Romainville : « la liste communiste fut élue au second tour
face à la liste socialiste SFIO de Georges Fenouil, à celle de « concentration
républicaine et radicale » du Docteur Rameau et à celle
« républicaine et socialiste » de Pueyo » (Le Maitron).
Félix
Néel travaille chez Kraus, rue du Faubourg du Temple (10ème).
Pendant
l’Occupation, il est contacté par Jean Lemoine qui travaille dans une
entreprise de chaudronnerie à Noisy-le-sec. Dès le début de la guerre celui-ci
a créé une section syndicale clandestine (…). Avec Félix Néel, et Eugène
Ducret (conseillers municipaux), et Albert Belli, « ils assurent l’impression et la diffusion de journaux et de tracts
clandestins à Romainville, Noisy-le-Sec et Bondy » (Monique Houssin). Mme
Isabelle Denis, chef du service des archives de la commune, confirme que selon
les témoignages recueillis à la Libération, Félix Néel fait fonctionner une
imprimerie clandestine du Parti communiste (lettre du 28 juillet 1988).
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| Le Populaire du 6 octobre 1939 |
Le
5 octobre 1939 le conseil municipal de Romainville est “suspendu” par le Préfet
en application du décret Daladier du 4 octobre
1939 "jusqu'à la fin des hostilités" et remplacé par une « délégation spéciale ».
Félix Néel est déchu de son mandat le 15 février 1940 par le conseil de
préfecture en vertu de la Loi du 21 janvier 1940 (2).
Félix
Néel fait partie d’un groupe clandestin de militants communistes de Romainville,
créé à l’initiative de Jean Lemoine, et composé de lui-même Félix Néel, Eugène
Ducret et Albert Belli qui « assurent
l’impression et la diffusion de journaux et de tracts clandestins à
Romainville, Noisy-le-Sec et Bondy » (Monique Houssin).
Félix
Néel est arrêté pour « distributions de tracts » le 9 novembre 1940. Louis
Gouffé, arrêté le même jour que lui, faisait vraisemblablement partie du même
groupe. Charlotte Gouffé et Yvonne Néel pensent qu’ils ont été dénoncés. En
tout état de cause, ils étaient l’un et l’autre connus des services de police
pour leur passé militant.
Le
même jour, le préfet Roger Langeron ordonne son « internement administratif » (3) et le fait conduire au CSS d’Aincourt,
camp ouvert spécialement en octobre 1940 pour y enfermer les communistes
arrêtés (lire dans le blog : Le
camp d’Aincourt).
Sur
la liste des « militants communistes
internés le 9 novembre » reçue par le directeur du camp, figurent des mentions
caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Félix Néel on
lit : « Ex-conseiller municipal
communiste de Romainville. Propagandiste très actif».
Félix
Néel - comme plusieurs élus communistes - écrit en ces termes au directeur du
camp le 11 février 1941, à propos de la révision de son dossier « N’ayant jamais été au courant du dit dossier
et ne sachant sur quoi il peut être basé, je considère mon arrestation comme
arbitraire du fait de n’avoir commis aucun délit ni subi aucune condamnation.
Je considère donc que la plus élémentaire justice est ma mise en liberté ».
Yvonne
Néel écrit au préfet de Seine-et-Oise pour obtenir l’autorisation de rendre
visite à son mari, accompagnée de ses enfants. Le préfet, Marc Chevalier,
accorde cette autorisation et en informe la préfecture de police de Paris le 22
mars et le commandant du camp le 2 avril 1941.
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| 150 pour le CIA Rouillé |
Félix
Néel est transféré avec 148 autres internés venant du camp d’Aincourt au CIA de
Rouillé (4).
Le
14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé
s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant 149
internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24).
Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre.
Pour Félix Néel, le motif est le même qu’à Aincourt : « Ex-conseiller municipal communiste de
Romainville. Propagandiste très actif».
Le
9 février 1942, Félix Néel fait partie d’un groupe de 52 internés
communistes qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et
transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à
Auschwitz avec lui.
A
Compiègne, il participe aux actions collectives organisées par la
Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide
aux plus démunis : en exemple, le menu d'un "repas fraternel"
organisé le 5 mai 1942, porte 34 signatures, parmi lesquelles on peut
identifier la sienne, celle de Louis Gouffé également de Romainville, et celle
d’André Tollet qui s’évadera par le tunnel, quelques jours après.
Félix
Néel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour
l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et
syndicalistes de la CGT)
et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur
enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles
allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions
armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et
des soldats de la Wehrmacht,
à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du
transport : Compiègne-Auschwitz
: 6, 7, 8 juillet 1942.
Sa
photo d’immatriculation à Auschwitz (5) n’a pas été retrouvée parmi celles que
des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les
sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation
d’Auschwitz.
Après
l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y
sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp
annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13
juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS
ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz
I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés
au terrassement et à la construction des Blocks. C’est le cas pour Félix Néel.
Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au
camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 854 et le site internet © Mémorial
et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, avec
son numéro matricule). Il
convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18
et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp
enregistrés à ces mêmes dates.
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| Les "inaptes au travail" "sélectionnés" par Franz Reisz |
D’après
les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les
blocks d’infirmerie. Henri
Gorgue, de Romainville, rescapé du convoi a confirmé ces faits :
« au moment où les femmes sont
arrivées à Birkenau, il a fallu transférer des hommes dans d’autres baraques
pour leur faire de la place. Et faute de place suffisante, une grande "sélection" des hommes en mauvaise santé a eu lieu. Félix Néel a été gazé ».
Son
certificat de décès porte comme cause du décès « Kachexie bei Darmkatarrh » « cachexie par entérite ». L’historienne
polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en
blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les
causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou
dans les chambres à gaz». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un
arrêté ministériel du 4 avril 1995 paru au Journal Officiel du 18 mai 1995 porte
apposition de la mention «Mort en
déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Félix Néel
en reprenant la date de décès du camp d’Auschwitz.
Le
15 octobre 1969, sur proposition de M. Auzole, le Conseil municipal donne son
nom à une voie nouvelle de Romainville, située entre la rue Pierre Curie et la
rue des Noyers, où il habitait.
Son
nom est inscrit en lettres d’or sur la plaque de marbre à l’intérieur de la
Mairie (Victimes de la guerre 1939-1945 -
Morts dans la Résistance).
- Note 1 : Elu maire, Pierre Kerautret s’appliqua
à redresser pendant quatre ans les finances communales. En 1939, ne faisant
état d’aucun désaveu de la politique du Parti communiste au moment du Pacte
germano-soviétique, Pierre Kérautret fut interné au camp de Baillet, le
19 décembre 1939 et licencié de la Compagnie du gaz. Le conseil de
préfecture le déchut de son mandat pour appartenance au Parti communiste le
15 février 1940 (…). Il s’évada du camp d’internement de Prémol le
28 août 1940, et rejoignit la Résistance. Il fut un temps, début 1941,
membre du triangle de direction du Parti communiste clandestin avec Roger Linet
et Jean Chaumeil. Le 1er juillet 1944, Pierre Kérautret, alias
« Richard », « l’Aspi », fut arrêté à Saint-Brieuc et subit
les interrogatoires musclés de la Gestapo. Il fut condamné aux travaux forcés
en Allemagne et transféré à Rennes le 9 juillet 1944, puis dirigé vers
l’Allemagne le 17 juillet. Il profita du bombardement du train par les
Alliés pour s’enfuir avec une centaine de prisonniers. A la Libération, il
fut président de la délégation spéciale [de Romainville] nommée par l’arrêté
préfectoral du 27 octobre 1944. Il retrouva son fauteuil de maire en 1945,
1947, 1953, 1959, 1965 et fut également conseiller général de la Seine dès 1945
et jusqu’en 1967 (extraits de la notice du Maitron
par René Gaudy et Claude Pennetier).
- Note 2 : La loi de déchéance du 21
janvier 1940 stipule dans son article 1 « Tout
membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de
l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant
dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son
mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par
une démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26
octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et
toute participation aux activités interdites par le décret susvisé ».
- Note 3 : L’internement administratif a été institué par le décret du 18
novembre 1939, et donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement
et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé,
« des individus dangereux pour la
défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le
gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le
décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de
"tous individus dangereux pour la
défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont
les communistes.
- Note 4 : « Le camp d’internement
administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941 (…), pour recevoir 150 internés politiques venant de la région
parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au
camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses
et du camp des Tourelles ». / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
- Note 5 : 522 photos d’immatriculation des
« 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été
cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de
la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée
d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne,
vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés.
Sources
- Photo
de Félix Néel transmise par Albert Giry.
- Lettre
d’Albert Giry à Louis Odru, ANACR 93 concernant les dates de naissance des
45000 de Romainville (27 juin 2003), transmise par Madeleine Odru.
- Le Populaire in © BNF Gallica.
- Le Maitron, Dictionnaire biographique du
mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier,
CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, notice Claude Pennetier.
Edition papier, Tome 37, page 242.
- Mémoire
de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes
en zone occupée. Dir. C. Laporte. Université de
Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.
- Monique
Houssin, « Résistantes et
résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire », Les
éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 168.
- Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974
par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives
des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen)
indiquant généralement la date de décès au camp.
- Death
Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé
essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis
au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31
décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
- Bureau
des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du
ministère de la Défense). Liste
communiquée par M. Van de Laar, mission
néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des
déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Listes Auch 1/7 (V : n° 31926
et S n° 257)
- © Site Internet
MemorialGenWeb. Notice Jacques Fath.
- Archives de la Préfecture de police
de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
- © Dessin de Franz Reisz, Musée d'Auschwitz.
Biographie mise à jour et installée en juin 2013 par Claudine Cardon-Hamet,
docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles
rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions
Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet
1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de
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