Ce blog, hommage aux déportés du convoi du 6 juillet 1942, est à la croisée de l’Histoire et de la Mémoire. Il est basé sur des recherches universitaires prolongeant celles de Roger Arnould, ancien déporté et documentaliste de la FNDIRP.



NEEL Félix, Emile



Félix Néel est né le 13 avril 1905 à Paris 11ème. Il est le fils d’Ernestine Aveline, emballeuse et de Félix Néel, découpeur, son époux.
Félix Néel habite 38 rue des Noyers à Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation. Il est polisseur sur métaux.
Il épouse Yvonne Lambolley le 30 juin 1923 à la mairie du 11ème arrondissement. Le couple aura cinq enfants.
Militant communiste, il est élu conseiller municipal le 12 mai 1935, sur la liste de Pierre Kerautret (1) aux élections municipales de Romainville : « la liste communiste fut élue au second tour face à la liste socialiste SFIO de Georges Fenouil, à celle de « concentration républicaine et radicale » du Docteur Rameau et à celle « républicaine et socialiste » de Pueyo » (Le Maitron).
Félix Néel travaille chez Kraus, rue du Faubourg du Temple (10ème).
Pendant l’Occupation, il est contacté par Jean Lemoine qui travaille dans une entreprise de chaudronnerie à Noisy-le-sec.  Dès le début de la guerre celui-ci a créé une section syndicale clandestine (…). Avec Félix Néel, et Eugène Ducret (conseillers municipaux), et Albert Belli, « ils assurent l’impression et la diffusion de journaux et de tracts clandestins à Romainville, Noisy-le-Sec et Bondy » (Monique Houssin). Mme Isabelle Denis, chef du service des archives de la commune, confirme que selon les témoignages recueillis à la Libération, Félix Néel fait fonctionner une imprimerie clandestine du Parti communiste (lettre du 28 juillet 1988).

Le Populaire du 6 octobre 1939
Le 5 octobre 1939 le conseil municipal de Romainville est “suspendu” par le Préfet en application du décret Daladier du 4 octobre 1939 "jusqu'à la fin des hostilités" et remplacé par une « délégation spéciale ». Félix Néel est déchu de son mandat le 15 février 1940 par le conseil de préfecture en vertu de la Loi du 21 janvier 1940 (2).
Félix Néel fait partie d’un groupe clandestin de militants communistes de Romainville, créé à l’initiative de Jean Lemoine, et composé de lui-même Félix Néel, Eugène Ducret et Albert Belli qui « assurent l’impression et la diffusion de journaux et de tracts clandestins à Romainville, Noisy-le-Sec et Bondy » (Monique Houssin).
Félix Néel est arrêté pour « distributions de tracts » le 9 novembre 1940. Louis Gouffé, arrêté le même jour que lui, faisait vraisemblablement partie du même groupe. Charlotte Gouffé et Yvonne Néel pensent qu’ils ont été dénoncés. En tout état de cause, ils étaient l’un et l’autre connus des services de police pour leur passé militant.
Le même jour, le préfet Roger Langeron ordonne son « internement administratif » (3) et le fait conduire au CSS d’Aincourt, camp ouvert spécialement en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt). 

Sur la liste des « militants communistes internés le 9 novembre » reçue par le directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Félix Néel on lit : « Ex-conseiller municipal communiste de Romainville. Propagandiste très actif».
Félix Néel - comme plusieurs élus communistes - écrit en ces termes au directeur du camp le 11 février 1941, à propos de la révision de son dossier « N’ayant jamais été au courant du dit dossier et ne sachant sur quoi il peut être basé, je considère mon arrestation comme arbitraire du fait de n’avoir commis aucun délit ni subi aucune condamnation. Je considère donc que la plus élémentaire justice est ma mise en liberté ».
Yvonne Néel écrit au préfet de Seine-et-Oise pour obtenir l’autorisation de rendre visite à son mari, accompagnée de ses enfants. Le préfet, Marc Chevalier, accorde cette autorisation et en informe la préfecture de police de Paris le 22 mars et le commandant du camp le 2 avril 1941.

150 pour le CIA Rouillé

Félix Néel est transféré avec 148 autres internés venant du camp d’Aincourt au CIA de Rouillé (4).
Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant 149 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24). 
Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre. 
Pour Félix Néel, le motif est le même qu’à Aincourt : « Ex-conseiller municipal communiste de Romainville. Propagandiste très actif».
Le 9 février 1942, Félix Néel fait partie d’un groupe de 52 internés communistes qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.

A Compiègne, il participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis : en exemple, le menu d'un "repas fraternel" organisé le 5 mai 1942, porte 34 signatures, parmi lesquelles on peut identifier la sienne, celle de Louis Gouffé également de Romainville, et celle d’André Tollet qui s’évadera par le tunnel, quelques jours après.
Depuis ce camp, Félix Néel va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Félix Néel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Félix Néel est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45920» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (5) n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. C’est le cas pour Félix Néel.
Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 854 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, avec son numéro matricule). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates.

Les "inaptes au travail" "sélectionnés" par Franz Reisz
D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Henri Gorgue, de Romainville, rescapé du convoi a confirmé ces faits : « au moment où les femmes sont arrivées à Birkenau, il a fallu transférer des hommes dans d’autres baraques pour leur faire de la place. Et faute de place suffisante, une grande "sélection" des hommes en mauvaise santé a eu lieu. Félix Néel a été gazé ».
Son certificat de décès porte comme cause du décès « Kachexie bei Darmkatarrh » « cachexie par entérite ». L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 4 avril 1995 paru au Journal Officiel du 18 mai 1995 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Félix Néel en reprenant la date de décès du camp d’Auschwitz.
Le 15 octobre 1969, sur proposition de M. Auzole, le Conseil municipal donne son nom à une voie nouvelle de Romainville, située entre la rue Pierre Curie et la rue des Noyers, où il habitait.
Son nom est inscrit en lettres d’or sur la plaque de marbre à l’intérieur de la Mairie (Victimes de la guerre 1939-1945 - Morts dans la Résistance).
  • Note 1 : Elu maire, Pierre Kerautret s’appliqua à redresser pendant quatre ans les finances communales. En 1939, ne faisant état d’aucun désaveu de la politique du Parti communiste au moment du Pacte germano-soviétique, Pierre Kérautret fut interné au camp de Baillet, le 19 décembre 1939 et licencié de la Compagnie du gaz. Le conseil de préfecture le déchut de son mandat pour appartenance au Parti communiste le 15 février 1940 (…). Il s’évada du camp d’internement de Prémol le 28 août 1940, et rejoignit la Résistance. Il fut un temps, début 1941, membre du triangle de direction du Parti communiste clandestin avec Roger Linet et Jean Chaumeil. Le 1er juillet 1944, Pierre Kérautret, alias « Richard », « l’Aspi », fut arrêté à Saint-Brieuc et subit les interrogatoires musclés de la Gestapo. Il fut condamné aux travaux forcés en Allemagne et transféré à Rennes le 9 juillet 1944, puis dirigé vers l’Allemagne le 17 juillet. Il profita du bombardement du train par les Alliés pour s’enfuir avec une centaine de prisonniers. A la Libération, il fut président de la délégation spéciale [de Romainville] nommée par l’arrêté préfectoral du 27 octobre 1944. Il retrouva son fauteuil de maire en 1945, 1947, 1953, 1959, 1965 et fut également conseiller général de la Seine dès 1945 et jusqu’en 1967 (extraits de la notice du Maitron par René Gaudy et Claude Pennetier).
  • Note 2 : La loi de déchéance du 21 janvier 1940 stipule dans son article 1 « Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par une démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé ».
  • Note 3 : L’internement administratif a été institué par le décret du 18 novembre 1939, et donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 4 : « Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941 (…), pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles ». / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 5 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 

Sources
  • Photo de Félix Néel transmise par Albert Giry.
  • Lettre d’Albert Giry à Louis Odru, ANACR 93 concernant les dates de naissance des 45000 de Romainville (27 juin 2003), transmise par Madeleine Odru.
  • Le Populaire in © BNF Gallica.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, notice Claude Pennetier. Edition papier, Tome 37, page 242.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. Dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.
  • Monique Houssin, « Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire », Les éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 168. 
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Listes Auch 1/7 (V : n° 31926 et S n° 257)
  • © Site Internet MemorialGenWeb. Notice Jacques Fath.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • © Dessin de Franz Reisz, Musée d'Auschwitz.

Biographie mise à jour et installée en juin 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

GOUFFE Louis, Clément



8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule 45620 à Auschwitz

Louis Gouffé est né le 11 novembre 1901 à Romainville (Seine /Seine-Saint-Denis). Il est le fils de Mlle Brun et de M. Gouffé son époux.
Il habite 5 rue Vassou à Romainville au moment de son arrestation.
Louis Gouffé est titulaire du Certificat d’Etudes Primaires. Il a une formation de plombier.
Il est marié avec Charlotte. En 1940 le couple a sa maman et quatre enfants à charge : Lucien (né le 7 novembre 1921), Solange (née le 19 avril 1924), Odette (née le 14 juin 1926), et Madeleine (née le 15 mars 1933).
Louis Gouffé est embauché le 11 juillet 1938 comme cantonnier par la Mairie de Romainville.
Il est secrétaire du centre intersyndical CGT (union locale de Romainville).
Lors de la mobilisation générale, il est rappelé le 22 août 1939, et affecté à la 22ème section d’infirmiers militaires (SIM). Il est démobilisé pour cause de charge de famille le 31 octobre 1939.
Louis Gouffé est révoqué par la délégation spéciale présidée par Félix Dargent, mise en place par le Conseil de préfecture en 1939.
Louis Gouffé est arrêté à son domicile pour «ses idées politiques », devant sa femme et ses enfants, le 9 novembre 1940, en même temps que Félix Néel.
Charlotte Gouffé et Yvonne Néel pensent qu’ils ont été dénoncés. Il est en tout cas vraisemblable que Louis Gouffé a fait partie du même groupe de militants communistes de Romainville, créé à l’initiative de Jean Lemoine, composé de Félix Néel, Eugène Ducret et Albert Belli qui « assurent l’impression et la diffusion de journaux et de tracts clandestins à Romainville, Noisy-le-Sec et Bondy » (Monique Houssin).
Le même 9 novembre 1940, le préfet Roger Langeron ordonne son internement administratif (1) et le fait transférer au CSS d’Aincourt, un camp ouvert spécialement en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt). 

Sur la liste des militants communistes internés le 9 novembre reçue des Renseignements Généraux à la demande du directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Louis Gouffé on lit : «Meneur très actif». Le terme de Propagandiste a été raturé.
Louis Gouffé - comme plusieurs communistes, dont Félix Néel - écrit en ces termes au directeur du camp le 11 février 1941, à propos de la révision de son dossier « Ignorant actuellement les motifs de mon arrestation, mais supposant que c’est d’avoir appartenu au Parti communiste, j’ai cessé toute activité politique depuis sa dissolution». Et il demande sa mise en liberté pour subvenir aux besoins de sa famille. Celle-ci ne lui est pas accordée.
Le 6 septembre 1941, Louis Gouffé est transféré au CIA de Rouillé (2) avec 148 autres internés venant du camp d’Aincourt.

Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant les 149 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24). Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre. Pour Louis Gouffé le motif porté sur la liste par les R.G. est presque le même qu’à Aincourt, « communiste » a été rajouté : «Meneur communiste très actif».
Le 9 février 1942, Louis Gouffé comme Félix Néel fait partie d’un groupe de 52 internés communistes de Rouillé qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.

Menu d'un repas fraternel
A Compiègne, il participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis : en exemple, le menu d'un "repas fraternel" organisé le 5 mai 1942, porte 34 signatures, parmi lesquelles on peut identifier la sienne, celle de Félix Néel, et celle d’André Tollet qui s’évadera par le tunnel, quelques jours après.
Depuis ce camp, Louis Gouffé va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Louis Gouffé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Louis Gouffé est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45620» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (3) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. C’est le cas pour Louis Gouffé.
Louis Gouffé meurt à Auschwitz le 19 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz sous le nom de Gonffe © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, avec son numéro matricule). Henri Gorgue, de Romainville, rescapé du convoi a confirmé cette date.
Un arrêté ministériel du 9 déc. 1993 paru au Journal Officiel du 10 févr. 1994 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Louis Gouffé, en reprenant une date voisine de celle de la date de décès du camp d’Auschwitz (le 15 novembre 1942).
Louis Gouffé est déclaré « Mort pour le France » et homologué « Déporté Politique ».
Le nom de Louis Gouffé est inscrit en lettres d’or sur la plaque de marbre à l’intérieur de la Mairie (Victimes de la guerre 1939-1945 - Morts dans la Résistance).
  • Note 1 : L’internement administratif a été institué par le décret du 18 novembre 1939, et donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : « Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941 (…), pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles ». / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 

Sources
  • Remerciements à Mme Isabelle Denis, chef du service des archives de Romainville.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Témoignage d’Henri Gorgue (11 janvier 1973).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. Dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.
  • Monique Houssin, « Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire », Les éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 168. 
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.

Biographie mise à jour et installée en juin 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

SAVOYE Fernand, Ernest



Auschwitz le 8 juillet 1942
Matricule 46098 à Auschwitz

Fernand Savoye est né le 12 décembre 1903 à Ozoir-La-Férière (Seine-et-Marne). Il est le fils d’Henriette Renvier, 35 ans, sans profession et d’Arthur Savoye, charretier, 35 ans son époux. Son père habite à Paris, 92 rue des Marais.
Fernand Savoye habite au 69 rue Jean Jaurès à Romainville au moment de son arrestation.
Il a une éducation primaire.

Le CNEP, future BNP rue Bergère
Il travaille comme  garçon de bureau au Comptoir National d’Escompte, 14 rue Bergère à Paris.
Il a une cicatrice à la joue droite. Le 8 mai 1926 au Pré-Saint-Gervais, Fernand Savoye épouse Charlotte, Louise Wagner. Elle est concierge à l’Ecole Fraternité-Aubin, dite aussi Ecole des Grands-Champs à Romainville. 

Ecole Fraternité
Le couple est alors domicilié à l’école, au 79 rue de la Fraternité.
Ils ont deux filles : Jeannine, née le 15 juillet 1929, et Ginette, née le 31 mars 1935.
Son épouse a peut-être été mutée dans un autre bâtiment public, au 69 rue Jean Jaurès (l’emplacement correspondant à ce numéro est occupé aujourd’hui par l’Ecole maternelle Chaplin de la rue Jean Jaurès), ce qui expliquerait leur nouvelle adresse en 1941.
Fernand Savoye est certainement connu comme militant communiste, car il est arrêté le 26 juin 1941 à son domicile sur indication des Renseignements généraux dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. Cette arrestation se fait en présence de ses parents, de sa femme et de ses enfants. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent en effet plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht.

Fernand Savoye est interné au camp de Royallieu («Frontstalag 122»), camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. Il y reçoit le matricule n° 266. Edouard Driessens un autre Romainvillois a été arrêté le 24 juin dans le cadre de la même rafle décidée par l’Occupant. Il sera lui aussi déporté à Auschwitz depuis le Frontstalag 122, où il porte le matricule 447.
Depuis ce camp, ils vont être déportés à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Wagons ayant servi à la Déportation
Fernand Savoye est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviksresponsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Fernand Savoye est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45920» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Fernand Savoye meurt à Auschwitz le 1er novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1069 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
Henri Gorgue, de Romainville, rescapé du convoi il est mort « quelques mois après notre arrivée ».
Un arrêté ministériel du 1er avril 1998 paru au Journal Officiel du 14 juillet 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Fernand Savoye. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait « mort le 6 juillet 1942 à Compiègne » mentionne néanmoins encore une date erronée « décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz » soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quand à la date réelle de décès à Auschwitz.
Or celle-ci est pourtant connue ! Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le nom de Fernand Savoye est inscrit en lettres d’or sur la plaque de marbre à l’intérieur de la Mairie (Victimes de la guerre 1939-1945 - Morts dans la Résistance).
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 

Sources
  • Remerciements à Mme Isabelle Denis, chef du service des archives de Romainville (1988).
  • © Les Ecoles de Romainville, un patrimoine pour demain. Guy Auzolles, association des Amis du château de Romainville.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Témoignage d’Henri Gorgue (11 janvier 1973).
  • © Dessin Frontstalag 122, in Mémorial de Compiègne.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.

Biographie mise à jour et installée en juin 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.
éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

LOUIS Pierre



Commémoration devant la plaque en mémoire de Pierre Louis
Matricule 45806 à Auschwitz

Pierre Louis est né le 8 janvier 1922 à Dombasle (Meuse).
Si les noms de ses père et mère sont « non dénommés » sur son acte de naissance, on sait que sa mère est Mathilde Beccari, aveugle civile, qui habitait Villetaneuse à la Libération.
Au moment de son arrestation, Pierre Louis habite au 71 avenue de Saint-Denis à Villetaneuse (Seine / Seine-Saint-Denis).
Pierre Louis est manœuvre. Selon sa fiche au BAVCC, il est suspecté par la police d’activités communistes et d’actes de résistance.
Il est arrêté le 28 avril 1942 à 6 heures du matin par un officier allemand assisté par un inspecteur français. Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres, comme Pierre Louis, sont connus ou suspectés par les services de police.
Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).

Pierre Louis est interné le même jour au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages

Wagons ayant servi à la Déportation
Pierre Louis est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Pierre Louis est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45806» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Pierre Louis meurt à Auschwitz le 8 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 740 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Le jugement déclaratif de décès du 15 avril 1969 déclare Pierre Louis décédé à Compiègne (Oise) le 28 avril 1942, soit à la date de son arrestation.
En 1965, un dossier d’homologation de « Déporté politique » était en cours, mais la mention n’a jamais été établie. La seule trace écrite dans son dossier aux ACVG étant la mention « Résistance » et sa date d’arrestation et d’internement à Compiègne, considérée à tort comme date de décès. Seule une carte d’Interné politique a donc été délivrée à sa mère en 1966 (IP 1801. 169 66).
Il conviendrait que le Ministère honore sa mémoire en rectifiant cette erreur, par un arrêté qui reprenne la date de son décès (qui témoigne bien de sa déportation à Auschwitz), mentionnée sur le certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultable sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

Commémoration 2011 © Saddri Derradji.
Chaque année les plaques commémoratives des six résistants Villetaneusiens morts pour la liberté de la France sont fleuries par la municipalité et les associations : Pierre Louis  est ainsi honoré avec ses camarades Yvon Leclercq, Maurice Grandcoing, Gaston Noreux, Ernest Siegrist, Delphine Presset.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 

Sources
  • Extrait du registre d’Etat civil de Dombasle (mai 1994).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste des jeunes communistes nés entre 1912 et 1922, aptes à être déportés à l’Est 23/12/1941 (archives du CDJC. XLIV-198).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • Hommage aux victimes et héros de la déportation de Villetaneuse, le 27/04/11 par © Saddri Derradji.

Biographie mise à jour et installée en juin 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

LOUIS René, Georges



René Louis est né le 16 juillet 1920 à Paris 12ème. Il est le fils de Lucie Dunan et de François Louis, son époux. Il a un frère, Raymond.  Il habite chez ses parents au 109 rue Jean Jaurès à Romainville (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation.
Il travaille passage Saint Sébastien, à Paris 11ème. Puis il est livreur chez Levy, fabricant de chapeaux, rue du 4 septembre à Paris 1er.
René Louis est secrétaire des Jeunesses communistes de Romainville.
Dès le début de la guerre, il fait partie, avec Félix Néel, d’un groupe de romanvillois (1), créé à l’initiative d’Eugène Ducret, ouvrier soudeur, militant syndicaliste et communiste qui habite au 33 rue de la Fraternité. « Ils assurent l’impression et la diffusion de journaux et de tracts clandestins dans le nord de l’actuelle Seine Saint Denis » (Jacques Fath).
René Louis est arrêté le 17 septembre 1940 (2) à son travail par la police française pour « activité communiste » (sur délation, selon l’indication portée sur sa fiche au BAVCC). Selon son père, 6 autres militants sont arrêtés avec lui, dont Bonnisol et Marcel Leclercq (toutefois nous savons que la date d’arrestation de celui-ci est antérieure).
René Louis est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939. Conduit à la Santé le 19 septembre 1940, il est remis aux autorités allemandes le 20 septembre et sans doute incarcéré dans le quartier allemand. Le 22 octobre 1940, il est placé sous mandat de dépôt en attente de jugement. Le 8 février 1941 René Louis est jugé par la 15ème chambre correctionnelle de Paris avec une cinquantaine de militants communistes (dont 16 seront déportés avec lui à Auschwitz). Il est condamné à 8 mois de prison.

Michel Rolnikas
Il est incarcéré à la Conciergerie durant un mois après le verdict. Son avocat, maître Michel Ronikas, un avocat communiste qui sera interné en juin 1940 à Compiègne et fusillé par les nazis le 20 septembre 1941, lui recommande de faire appel du jugement. Sa peine est commuée à 6 mois, le 9 avril 1941.
Le préfet de police de Paris ordonne l’internement administratif (3) de René Louis, dossier 69.970, le 18 mars 1941.
Le 7 avril 1941, il est transféré au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. 
Le 6 septembre 1941 René Louis est transféré au CIA de Rouillé (4) avec 148 ou 149 autres internés d’Aincourt, à l’occasion de l’ouverture de ce camp.
Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant les 149 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24).

Le 28 octobre le 1er bureau des RG renvoie une liste avec les motifs d’internement. Pour René Louis, on peut lire : « Meneur communiste particulièrement actif. A été condamné le 9.2.1941 à 8 mois de prison pour infraction au décret du 26.9.1939 ».
Le 18 mars 1942, il fait partie du petit groupe de 15 jeunes communistes du camp de Rouillé qui - à la demande des autorités allemandes - sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de leur déportation comme otage (5).
A Compiègne, René Louis reçoit le matricule n° 3800. Il est affecté au Bâtiment A2.

Comité des loisirs
Jeune militant, interné depuis plus de 18 mois dans les prisons et camps français, il est rapidement associé aux activités du Comité des fêtes, comme en témoigne le compte rendu du comité du 29 avril 1942 rédigé par Guy Lecrux, où son nom est mentionné dans le comité d’organisation : il est chargé avec Gillot de l’organisation pratique de la fête du bâtiment, le 6 mai. Lire dans le blog l’importance de cette organisation dans la vie des internés : Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
René Louis est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Entrée du camp principal  d'Auschwitz
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "46249 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès. Mais selon Henri Gorgue, rescapé d’Auschwitz qui habitait Romainville et le connaissait bien, a témoigné à son retour des camps que René Louis est mort « dans les premiers mois de notre arrivée ».
Le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement sa date de décès au 15 septembre 1942, sur la base du témoignage de ses compagnons de déportation. L’arrêté du 28 août 2008 paru au Journal Officiel du 3 septembre 2008 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de René Louis, reprend cette date.
Il est déclaré « Mort pour la France » le 16 février 1948, homologué « Déporté politique » le 22 juillet 1957.
Son nom est inscrit en lettres d’or sur la plaque de marbre à l’intérieur de la Mairie (Victimes de la guerre 1939-1945 - Morts dans la Résistance).
Dans un document non daté, mais postérieur à la Libération, rempli par son père, on lit que la famille Louis a reçu une aide 1500 F de l’UFF de Romainville.
  • Note 1 : Une plaque a été apposée rue Voltaire le 25 août 1965 sur décision du conseil municipal de Romainville. Elle honore les noms des romainvillois ayant constitué un groupe de résistance à l’initiative d’Eugène Ducret : René Louis, Gabrielle Ethis, morte à Auschwitz en 1942, Marcel Ethis, fusillé au Mont Valérien le 11 août 1942, Jean Lemoine, fusillé à Caen le 14 mai 1942, Eugène Ducret, déporté à Neungamme le 21 mai 1944, mort le 11 mai 1945 à l’hôpital de Ludwigslust.
  • Note 2 : Dans un courrier de 1988, l’archiviste de la mairie de Romainville me communiquait deux dates possibles d’arrestation pour René Louis : le 5 octobre 1940 ou le 17 septembre 1940. J’avais retenu la deuxième date, d’abord parce que c’est la date indiqué par son père à la Libération et que par ailleurs tous les militants arrêtés le 5 octobre dans le cadre de la grande rafle décidée par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine sont internés le même jour au CSS d’Aincourt. En consultant ultérieurement son dossier aux ACVG, cette date y figurait bien.
  • Note 3 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 4 : Le Camp d’Internement Administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 5 : il s’agit d’Henri André, Marcel Algret, Maurice Alexis, Jean Bach, Roger Desjameau, Louis Faure, René Faure, Georges Guinchan, Gaston Jouy, Henri Migdal, René Louis, Marcel Nouvian, Roger Tessier  tous déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.  Jean Valentin sera déporté à Buchenwald. André Giraudon sera fusillé à Compiègne le 10 mai 1942.
Sources
  • Renseignements fournis à la Maire de Romainville à la Libération par son père, François Louis.
  • Photo de René Louis transmise par Albert Giry.
  • Lettre d’Albert Giry à Louis Odru, ANACR 93 concernant les dates de naissance des 45000 de Romainville (27 juin 2003), transmise par Madeleine Odru.
  • © Photo et commentaire sur la plaque commémorative de la rue Voltaire : Claude Fath, in © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993. Dossier individuel consulté en 1994.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. Dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
Biographie mise à jour et installée en juin 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.