Ce blog, hommage aux déportés du convoi du 6 juillet 1942, est à la croisée de l’Histoire et de la Mémoire. Il est basé sur des recherches universitaires prolongeant celles de Roger Arnould, ancien déporté et documentaliste de la FNDIRP.



DAGUTS JUSTIN LEOPOLD




Justin Daguts est né le 3 mars 1896 à Graulhet (Tarn). Il habite à Aube, près de l'Aigle (Orne) au moment de son arrestation. Justin Daguts a très certainement travaillé aux PTT (1). A partir d'août et septembre 1940, des ex membres du Parti communiste dissous et des militants syndicalistes parviennent à se regrouper sous l'impulsion de Faustin Merle et d’Eugène Garnier. Des tracts appelant au sabotage des installations de l’occupant et des journaux sont diffusés.

Justin Daguts est arrêté à l'Aigle le 18 octobre 1941, selon Eugène Garnier. Le même jour que Maurice Denis, Lucien Blin, Louis Ferneix, Léon Leriche, Eugène Garnier, Christ Vannier, syndicalistes ou militants communistes de l’Orne qui seront comme lui déportés à Auschwitz. « Le danger imminent de voir se développer des attentats et de nouvelles distributions massives de tracts, notamment dans la région flérienne où elles ont été très nombreuses durant les mois précédents, pousse les autorités locales à lancer une grande opération de ratissage sur tout le département. Au total, dix-neuf personnes sont arrêtées dans la journée.» (2). Eugène Garnier, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 arrêté lui aussi ce 18 octobre 1941, a écrit à propos de cette rafle : « Les arrestations et perquisitions de la Gestapo le jour même, ont lieu à la suite de la distribution massive d’un tract (rédigé et imprimé par imprimerie clandestine). Cette diffusion est à la base de l’arrestation de 3 camarades traduits en cour martiale, dont l’un deux, Henri Veniard fut fusillé à Caen le 12 novembre 1941. Les tracts appelaient au sabotage des installations de l’Occupant et des entreprises sous leur contrôle, également au renforcement de la Résistance et à la création de comités populaires, qui par la suite donnèrent naissance au Front national et aux premiers groupes FTPF».

Justin Daguts est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent dès le 19 octobre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».

Justin Daguts est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45419 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.

Justin Daguts meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 204). L’état civil fictif établi après la Libération (dates de décès fictives, le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés) mentionne toujours "dédédé en septembre 1942 à Birkenau". Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les travaux des historiens du Musée d'Auschwitz, basés sur les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995.
Justin Daguts a été déclaré "Mort pour la France" en avril 1948. Le titre de « déporté politique » lui a été attribué (n° 11720033).
Son nom est inscrit sur le monument aux morts d’Aube, devant le calvaire.

(1) Mme Marinette Daguts, qui pense être une parente éloignée, m’a informée par courriel que le nom de Justin Daguts figurait sur une plaque érigée le 7 décembre1947 à l'hôtel des Postes d’Alençon à la mémoire des 12 postiers déportés et fusillé d’Alençon. Le travail des élèves de 3ème du Collège Balzac d’Alençon complète cette information. « Les fonctionnaires des P et T jouèrent un rôle important mais méconnu, en interceptant des lettres adressées à la Kommandantur, en assurant les transports de courriers et d'armes, en détraquant les lignes au service de l'occupant, en fournissant des renseignements à nos alliés ».

La profession d’électricien que j’avais indiquée lors de la rencontre de Caen en 2001 et qui a été reprise dans l’ouvrage « de Caen à Auschwitz », résulte d’une confusion avec la fiche de Maurice Denis, électricien, travaillant à Aube.

Sources
(2) Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ). Biographies de résistants de l’Orne, par Thomas Pouty et Stéphane Robine.
  • Liste des déportés de l'Orne (Mme Ventillard, archives départementales, juillet 1991).
  • Témoignage d'Eugène Garnier.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en juin 1992).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Site Résistance et déportation : les stèles commémoratives (Orne).
Biographie rédigée en 2001 pour l’exposition de Caen et modifiée en avril 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. Si, membre de la famille du déporté, vous ne souhaitez pas que cette biographie soit publiée sur Internet, je vous prie de me le faire immédiatement savoir : elle sera aussitôt retirée du blog.

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